Après plusieurs saisons dominées par le beige, les lignes sobres et les intérieurs lisses, la décoration change de cap en 2026. L’étude Pinterest Predicts 2026 annonce le retour des couleurs franches, des motifs assumés et d’une fantaisie longtemps mise de côté. En tête de cette nouvelle vague figure une tendance au nom évocateur : Fun Haus, rebaptisée Chapithome en français. Inspirée de l’univers du cirque, elle promet des maisons plus joyeuses, plus théâtrales et résolument plus expressives. Voici ce qu’elle recouvre et, surtout, comment l’adopter chez soi sans excès.

Ce que révèle l’étude Pinterest Predicts 2026
Chaque année, Pinterest analyse des milliards de recherches effectuées sur sa plateforme pour repérer les envies qui se dessinent avant qu’elles ne deviennent mainstream. La méthode a fait ses preuves : la plupart des tendances annoncées les années précédentes se sont effectivement imposées dans nos intérieurs. Pour 2026, le réseau social a identifié vingt et une tendances aux appellations volontairement décalées, parmi lesquelles Fun Haus, Croque-top, Mysterre ou encore Ovniprésent.
Le message commun à toutes ces pistes est limpide : le minimalisme blanc cassé a fait son temps. Place aux partis pris affirmés, aux histoires que l’on raconte à travers son mobilier et aux atmosphères qui ne ressemblent à aucune autre. Fait notable, cette envie de fantaisie ne concerne pas seulement la génération Z. Les Millennials, mais aussi une partie des baby-boomers, expriment le même désir de remettre de la couleur et du caractère chez eux.
Selon l’analyse de Pinterest, trois grandes envies structurent la décoration de l’année. La première consiste à ralentir et à se protéger : on recherche des intérieurs cocons, enveloppants, presque tactiles, avec des couleurs douces, des matières sensorielles et des lumières tamisées. La maison devient un refuge face à la saturation des écrans. La deuxième invite à oser et à s’affirmer, à travers un maximalisme joyeux et un dépareillé maîtrisé qui mélange les styles sans complexe. La troisième pousse à s’évader et à rêver, avec des inspirations rétro, des ambiances lunaires ou féeriques, et une décoration qui se met à raconter des histoires. La tendance Chapithome se situe précisément au croisement de ces trois élans.
Fun Haus et Chapithome : quand le cirque s’invite à la maison
Le terme français retenu, Chapithome, condense à lui seul l’esprit de la tendance : la contraction de « chapiteau » et de « home ». L’idée n’est pas de transformer son salon en parc d’attractions, mais de réinterpréter l’esthétique du cirque classique des années 1920 et 1930 dans une version contemporaine, graphique et élégante.
On y retrouve les rayures verticales rappelant la toile d’un chapiteau, des silhouettes sculpturales, des formes arrondies et des drapés généreux. Tout évoque le spectacle, sans jamais verser dans le déguisement. Pinterest décrit cette tendance comme un jeu de bandes audacieuses, de volumes marqués et de clins d’œil clownesques maîtrisés. La nuance est ici essentielle : le Chapithome puise dans le cirque vintage son raffinement, celui des affiches illustrées Art déco, des éclairages dramatiques et des costumes brodés, ce monde où l’élégance côtoyait la fantaisie populaire.

Cette double nature — joyeuse mais jamais criarde, expressive mais équilibrée — explique pourquoi la tendance séduit autant. Elle permet d’introduire de la gaieté et du mouvement dans un intérieur sans renoncer à une certaine tenue. C’est un maximalisme tempéré, pensé pour ceux qui veulent s’amuser tout en gardant la main sur l’ensemble.
Les codes décoratifs qui signent le style Chapithome
Le motif emblématique de cette tendance, ce sont les rayures. Larges, verticales et franches, elles structurent l’espace, dynamisent un mur ou transforment un plafond en véritable pièce maîtresse. En noir et blanc, elles offrent une version graphique et intemporelle. En bleu marine et écru, elles adoptent une allure plus douce. En bordeaux et écru, elles renvoient directement à l’imaginaire du chapiteau.
Les formes jouent elles aussi un rôle central. On privilégie les canapés enveloppants, les arches, les niches courbes et les luminaires sculpturaux. Rien d’anguleux ni de rigide : le Chapithome préfère le mouvement, la rondeur et l’évocation du jeu. Le mobilier semble dessiner des courbes, comme pour adoucir la théâtralité des motifs.
Côté couleurs, la palette reste franche mais maîtrisée. Le rouge sourd, le jaune patiné, le bleu profond, le vert sapin et le rose poudré composent le nuancier de référence. Le secret tient à l’équilibre : une base sobre — blanc cassé, sable ou charbon — relevée par quelques accents forts. C’est ce dosage qui distingue une décoration aboutie d’une simple accumulation de couleurs vives.
Comment adopter la tendance sans tomber dans le kitsch
Bonne nouvelle : il n’est pas nécessaire de tout repenser pour faire entrer le Chapithome chez soi. La tendance se dose, et quelques principes suffisent à l’apprivoiser.
Le premier réflexe consiste à créer un point focal. Un mur à rayures, un plafond graphique ou une alcôve colorée suffisent à installer l’ambiance. Une seule pièce forte vaut mieux qu’une profusion d’éléments qui finiraient par se concurrencer. Le deuxième principe repose sur l’apaisement par les matières. Le bois clair, le lin épais, le coton, la laine et le velours mat réchauffent les motifs et évitent l’effet « décor de fête foraine ». Le troisième réflexe, enfin, consiste à laisser respirer l’espace : des murs unis, des revêtements de sol sobres et des zones visuellement calmes permettent aux éléments forts de s’exprimer sans saturer l’ensemble.

Cette approche mesurée fait toute la différence. Là où une déclinaison maladroite vire vite au cirque littéral, une mise en scène réfléchie conserve l’élégance que revendique la tendance. L’objectif n’est pas de surprendre à tout prix, mais de créer une atmosphère cohérente où chaque touche de fantaisie trouve sa place.
Le Chapithome pièce par pièce
Chaque espace de la maison peut accueillir la tendance à sa manière. Dans une chambre à coucher, on mise sur un ciel de lit, de grands drapés rayés, un linge de lit graphique et quelques formes douces qui adoucissent l’ensemble. La chambre d’enfant se prête particulièrement bien à l’exercice : l’univers du cirque y devient narratif, stimulant et facile à faire évoluer au fil des années.
Dans le salon, on peut oser un plafond à rayures, une affiche vintage de cirque encadrée, un fauteuil sculptural ou un tapis graphique qui ancre la pièce. L’entrée et le couloir, souvent négligés, offrent un terrain idéal : des festons peints autour des portes, des rideaux théâtraux ou des luminaires poétiques donnent le ton dès le seuil. Quant à la salle de bains, quelques serviettes à rayures ou un tapis graphique suffisent à faire le lien avec le reste de la maison, sans engager de gros travaux.
Pour celles et ceux qui hésitent encore, le plus simple reste de commencer petit. Un coussin rayé, une lampe au pied sculptural ou une affiche encadrée permettent de tester l’esprit Chapithome sans bouleverser l’existant. Si l’ambiance plaît, on peut ensuite élargir la palette, ajouter un textile ici, repeindre un pan de mur là, jusqu’à composer un décor cohérent. Cette progressivité a un double avantage : elle limite les dépenses et laisse le temps d’affiner ses choix, loin des achats impulsifs que l’on regrette une fois la mode passée.
Pourquoi cette tendance émerge maintenant
Le retour en grâce du cirque dans la décoration n’a rien d’un hasard. Après plusieurs années marquées par le minimalisme scandinave, les intérieurs tout en gris et les espaces épurés à l’extrême, une forme de lassitude s’est installée. Beaucoup ont fini par trouver ces décors froids, voire impersonnels. Le besoin de chaleur et d’identité s’est accentué avec le temps passé chez soi, qui a poussé chacun à interroger ce qu’il attend vraiment de son logement.
Le Chapithome répond à cette attente en réintroduisant de la générosité, sans pour autant tourner le dos au confort. Il s’inscrit dans un mouvement plus large où la décoration redevient un moyen d’expression personnelle. Les réseaux sociaux ont accéléré le phénomène : les images d’intérieurs audacieux, immédiatement reconnaissables, circulent et inspirent. Le cirque, avec son imaginaire universel et joyeux, offrait un terrain idéal pour cristalliser cette envie de récit et de couleur.
Il faut aussi y voir un clin d’œil nostalgique. L’esthétique des années 1920 et 1930 fascine par son mélange de raffinement et de spectacle. En la réactualisant, le Chapithome propose une nostalgie heureuse, débarrassée de toute lourdeur, qui parle autant aux amateurs de vintage qu’aux adeptes du design contemporain. C’est cette capacité à réunir des sensibilités différentes qui explique en partie son succès annoncé.
Une tendance qui valorise la durée
Si la tendance Fun Haus séduit autant, c’est aussi parce qu’elle s’inscrit à contre-courant du jetable. Plutôt que d’accumuler des accessoires éphémères, elle invite à chiner, à conserver et à mettre en scène des objets forts, choisis pour durer. Un fauteuil ancien chiné, une affiche d’époque ou un luminaire au caractère affirmé valent mieux qu’une dizaine de bibelots interchangeables.
Cette philosophie rejoint les préoccupations actuelles autour d’une consommation plus réfléchie. La tendance ne recherche pas la perfection lisse des intérieurs de catalogue : elle préfère les espaces qui racontent une histoire, qui surprennent et qui font sourire. En cela, le Chapithome est bien plus qu’une mode passagère. Il traduit une envie de fond, celle de réhabiter sa maison avec plaisir, d’y réintroduire de l’émotion et de la narration, et de renouer avec le plaisir créatif après des années d’intérieurs trop sages. Reste à voir, dans les mois qui viennent, jusqu’où nos murs accepteront de monter le rideau.